Entretien
Mars 2009. A l’occasion de la présentation de ses résultats, à Paris, le PDG du groupe Carrefour, Lars Oloffson, met Carrefour
Belgium en garde : "Nous ne sommes pas du tout satisfaits des performances en Belgique et nous devons trouver une solution. La première étape sera de redynamiser la performance. C’est
urgent car nous ne pouvons pas continuer ainsi." A l’époque, des bruits courent même concernant la session des activités du distributeur en Belgique.
Marc Oursin, le patron de Carrefour Belgium, fait le point pour "La Libre".
Qu'est-ce qui a été fait depuis trois mois ?
Notre activité se porte mieux depuis. Non seulement notre part de marché s’est stabilisée, mais on a même augmenté nos parts de
marché, y compris sur l’hypermarché, ce qui est remarquable. Bien sûr, nous ne crions pas victoire, mais beaucoup de feux qui étaient rouges sont passés à l’orange voire au vert, sur une
période assez courte. Nous commençons à récolter les fruits de la stratégie bâtie il y a plus de deux ans et qui, donc, s’avère la bonne. Dans un premier temps, il est vrai que la plupart des
mesures ont concerné le back-office. C’étaient des choses que les gens ne pouvaient pas voir. Là, on est passé à des choses plus visibles.
D’abord, nous continuons à diminuer le prix d’une série de produits de base et à lancer des promotions plus agressives. Nous avons
débloqué un budget de 50 millions d’euros dans ce but pour 2009.
Enfin, nous sommes très contents du succès de la Bonus Card : on est à plus de 2 millions de cartes. En moins de trois mois ! La
part des ventes réalisées via cette carte est en forte progression. L’intérêt de ce système est qu’il crée un lien de fidélité avec nos clients, tout en leur accordant des
avantages.
La crise a fortement encouragé les produits de marque propre. En avril dernier, vous annonciez l'arrivée de 1 000 nouveaux
produits cette année, après 700 en 2008 et 400 en 2007 : où en êtes-vous ?
Il y en a déjà 400 de plus depuis le début de l’année. Et l’on voit que notre part de marché sur la marque Carrefour progresse
plus vite que la moyenne du marché des marques propres en Belgique. La tendance à consommer ce type de produit se confirme. Par ailleurs, nous sommes fiers d’avoir reçu un label de l’ITQI
(l’International Tasting Quality Institute décerne des récompenses concernant la qualité de produits goûtés à l’aveugle par des chefs) pour 101 produits de marque Carrefour !
En France, une marque Carrefour Discount, d'entrée de gamme, a été lancée pour concurrencer le hard discount. On l'attend en
Belgique ? Si oui, ne fait-elle pas doublon avec la marque "N°1" ?
Les produits Carrefour Discount doivent effectivement arriver dans le courant du deuxième semestre. Cette marque va jouer le rôle
d’attaque vis-à-vis des hard discounters. La marque "N°1", elle, va disparaître. Mais on ne peut pas dire que l’une remplace l’autre. Les produits n’ont rien à voir qualitativement
parlant.
Votre grande opération Disney (distribution d'autocollants Panini à coller dans un album qui, une fois rempli, donne droit à
une entrée à Disneyland Paris) se termine le 30 juin. Les échanges de cartes font fureur dans les cours de récré. Un premier bilan ?
On est au-dessus des 400 000 albums distribués, ce qui représente des millions d’autocollants. Vu ce succès, et après des bourses
organisées par les magasins d’initiative privée, une foire d’échange nationale est organisée ce samedi dans tous les Carrefour du pays. Beaucoup d’albums rentrent, en échange d’entrées à
Disneyland. D’ailleurs, cela fonctionne tellement bien que l’opération pourrait être copiée ailleurs dans le groupe.
Vous avez également annoncé la réorganisation du format hypermarché qui semblait un peu en perte de vitesse. Avez-vous déjà du
concret ?
Deux magasins "laboratoires" seront prêts début juillet, un à Lierre, en Flandre, et l’autre à Bierges, dans le Brabant wallon. Il
s’agit d’hypermarchés dans lesquels nous testerons des choses radicalement différentes.
Comme, par exemple ?
On va bâtir une nouvelle manière de faire son shopping, de circuler dans le magasin, d’acheter ses produits, etc. Au niveau des
caisses, on va proposer à la fois le caddy-to-caddy (où la caissière pointe les articles en les transférant elle-même de la charrette dans une autre charrette - NdlR, comme chez Colruyt) et
le self-scanning (la possibilité de scanner ses articles dans le magasin, au fur et à mesure, et de ne présenter que l’appareil à la caisse - NdlR, comme chez Delhaize). L’intérêt est double
: le gain de temps, d’abord. Et puis l’instauration d’un lien différent entre le client et la caissière.
Pas question de supprimer des emplois, donc ?
Certainement pas !
Allez-vous aussi vous en servir pour tester des choses concernant l'offre de produits ?
La gamme non-alimentaire est en réflexion. Dans les deux laboratoires, nous avons fait des choix radicaux. Nous développons
beaucoup plus certains produits et réduisons l’offre d’autres.
En France, Carrefour teste le paiement sans contact. Allez-vous embrayer ?
Ce système est formidable. Il vous permet de payer sans sortir la carte du portefeuille, carte qui peut éventuellement combiner
les fonctions de paiement et de carte Carrefour. Nous observons ce qui se passe en France. En fonction des résultats, tout est possible, oui.
Toujours en France, une enseigne de proximité Carrefour City a été lancée. Est-ce à l'ordre du jour chez nous
?
Mieux que cela : c’est l’application du succès de notre chaîne Carrefour Express de proximité.
Le remplacement des enseignes GB par Carrefour Market suit son cours ?
Une dizaine de magasins ont été relookés en trois mois. Tout sera fini en 2010.
Qu'en est-il du lancement de votre e-shop (commande par Internet et enlèvement des marchandises en magasin)
?
Il sera effectif en septembre dans deux magasins : un hypermarché et un supermarché de la Région bruxelloise. Puis dans vingt
magasins d’ici la fin de l’année.
Personne n'a oublié les conditions dans lesquelles s'est ouvert votre hypermarché de Bruges. En êtes-vous content aujourd'hui
?
Il est un peu en dessous de nos objectifs, mais il faut attendre la saison d’été dont on s’attendait à ce qu’elle soit la
meilleure. Il faut créer l’habitude de passage. On donne généralement trois ans à une nouvelle surface pour qu’elle arrive à son top.
Le bilan d'une autre initiative belge : Carrefour Energy (vente d'énergie verte) ?
Le projet reste un peu balbutiant, c’est vrai Ce n’est pas encore un grand succès. Un plan de relance démarre. Là aussi, on s’est
donné trois ans.
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